Notre-Dame de Paris et son quartier
Une visite conçue et réalisée par Olivier Brandily, historien et guide-conférencier
Quelques premiers jalons
1163 : pose de la première pierre de Notre-Dame par Maurice de Sully (1110-1196), évêque pendant 36 ans et par le roi Louis VII (1137-1180).
Principales dimensions de la cathédrale : 123 m de longueur pour 40 m de large ; 33 m de hauteur et 69 m pour les tours ; 6 travées pour les 51X chanoines et 8 travées pour les fidèles avant le transept. 6000 m2 au sol.
Au total 6 architectes interviendront au cours des presque 2 siècles de construction. Seuls Jean de Chelles et Pierre de Montreuil seront connus au XIIIème siècle.
1177 : première pose des voûtes de la nef. Les voûtes permettent d'améliorer l’acoustique et de protéger éventuellement la cathédrale des incendies de la charpente (seule la flèche écroulée a percé les voûtes qui ont tenu leur rôle en 2019).
1179 : Philippe-Auguste se fait couronner à Notre-Dame.
1190 : Philippe Auguste prend Paris pour capitale (début de la construction du Louvre), pendant que la reine Isabelle de Hainaut est inhumée dans le chœur de la cathédrale. Paris devient ainsi ville royale, ville marchande, ville épiscopale et universitaire (création de l'Université en 1200). L'île de la Cité avait 15 000 habitants contre seulement 1000 aujourd'hui !

La restauration de 2019-2024 en quelques chiffres
Un budget de 846 millions d'euros. Avec une facture totale de 700 M€, il reste environ 150 M€ issus des dons (340.000 donateurs, de 150 pays), consacrés à des restaurations extérieures supplémentaires, notamment sur le chevet et les arcs-boutants de la cathédrale.
2000 artisans et professionnels en 5 années. 250 entreprises d'art. 1200 tonnes d'échafaudages. 200 tonnes d'acier ont dû être retirées de l'ancien échafaudage qui a fondu lors de l'incendie.
La charpente : À l'origine, 1300 fûts de chêne constituaient la fameuse « Forêt ». Dans le chœur de la cathédrale, il y eut une première charpente construite avec le bois d’arbres abattus dans les années 1160-1170 ! Il est très probable que ces arbres fussent âgés de 300 à 400 ans, ce qui nous ramène au VIIIème ou au IXe siècle, soit à l’époque des derniers Mérovingiens et des premiers Carolingiens. Il n’est pas impossible que Charlemagne ait croisé ces arbres sur pied !
2000 fûts pour la reconstruction, dont 1000 pour la flèche. Les charpentiers lorrains de Le Bras Frères, en Meurthe-et-Moselle, ont travaillé d’arrache-pied pour confectionner les 2000 pièces de bois nécessaires à la reconstruction, en provenance des forêts de Bercé dans la Sarthe. La croix qui surmonte la flèche pèse à elle seule 1,2 tonne.
21 cloches de bronze sont à nouveau abritées dans les tours de la façade occidentale. Le « bourdon » est la plus ancienne des cloches (fondue en 1683 sous Louis XIV), imposante dame de 2,62 mètres de diamètre pour un poids de 13 tonnes !
Pour en savoir encore plus, le site officiel de la restauration, cliquer ici.
Le parvis, progrès ou destruction ?
1865-1878 : dégagement de l'actuel parvis (place Jean-Paul II) de Notre-Dame (135 m X 100 m à comparer à la place de 35 m de côtés d’autrefois) – Une Monumentalisation de Notre-Dame par la destruction des habitations médiévales de l'Île de la Cité.
CIT. Albert Robida, passionné par le Vieux Paris dont il reconstituera un quartier grandeur nature à l’Exposition universelle de 1900. Il écrit : « On a tout rasé. Au lieu du Petit parvis d’autrefois, auquel on accédait après avoir passé lentement par des rues étroites, ménageant le coup de surprise pour la grande envolée d’âme des merveilleuses architectures de la façade, on a une immense place vide qui diminue l’église, en un plateau correct et froid, refroidi encore par les blocs de hautes constructions massives, énormes et monotones des casernes et de l’Hôtel-Dieu ».

La façade occidentale de Notre-Dame (1163 - 1250) :
Ci-dessus, vue de la façade par Augustinus Patricius Piccolomini, Pontificale Romanum, vers 1523 (source BnF).
Record mondial du nombre de statues à Notre-Dame, avec 2303 sculptures.
Le premier portail, à droite, a été construit vers 1200, remonté depuis l'ancienne cathédrale Saint Etienne. Il est consacré à sainte Anne, la mère de Marie. De conception gothique mais donc avec des vestiges roman plus archaïques, on y voit la Vierge en majesté, c’est-à-dire Marie tenant l’enfant Jésus et trônant sur le monde terrestre. Ce portail représente des scènes de la vie de Anne, de la Vierge, et de l’enfance de Jésus.
Le deuxième portail, à gauche (au nord), est celui de la Vierge - Mort et Assomption de la Vierge au-dessus de l'arche d'Alliance de l'Ancien Testament. Datant des années 1210-1220, il représente la mort de Marie et son ascension au paradis où elle est faite reine du Ciel sous les yeux d’une assemblée d’anges et de patriarches. Selon la liturgie chrétienne de l’époque, elle remplit le rôle de sauveur de l’humanité. Dans ce portail, la sculpture ne fait plus corps avec le mur : on passe du bas-relief à la statue. De plus en plus dégagées de l’architecture, les statues perdent l’aspect immobile et fantastique des figures romanes..
Le portail central de la façade date également des années 1220. C’est celui du Jugement Dernier. Il représente l’épisode du Jugement Dernier tel qu’il est raconté dans l’Évangile selon saint Matthieu. Sur le linteau inférieur, les morts ressuscitent et s’avancent devant l’archange Michel, en charge de juger leurs âmes. Les élus sont conduits, à droite du Christ, vers le paradis, tandis que les damnés suivent un Diable qui les entraîne en enfer, à gauche. Présidant à cette scène, le Christ apparaît en sauveur de l’humanité, entouré de sa cour céleste d’anges et de saints, représentés dans les voussures du portail.
Galerie des rois de Juda (arbre de Jessé) : édifiée dans la première moitié du XIIIe siècle, elle représente la généalogie de la Vierge dans l'Ancien Testament (28) et fut assimilée à la généalogie des rois de France (de Childebert à Philippe Auguste) et détruite en 1793. 21 têtes ont été découvertes en 1977 et sont aujourd'hui conservées et visibles au musée de Cluny. Chaque roi mesure 3,50 m de hauteur.
LA DECOUVRIR A PROXIMITE : Le pont de la Tournelle avec la statue de Sainte Geneviève
La statue de Sainte Geneviève, patronne de Paris, a été inaugurée en 1928.
Elle est le résultat d'un concours d'architecture pour la décoration du pont, demandant qu'il soit tenu compte du cadre historique dans lequel il se situait. Les gagnants de ce concours, les frères Guidetti, pensèrent à sainte Geneviève regardant vers l'est, d'où sont originaires tous les envahisseurs de la capitale depuis Attila. Ils imaginèrent une statue sur un pylône de près de 15 m en forme de proue. Elle fut réalisée par le sculpteur Paul Landowski (celui qui a fait la statue du Christ Rédempteur à Rio de Janeiro). La sainte est représentée sous les traits d'une grande femme protégeant un jeune enfant (Paris) serrant contre lui une nef, symbole de Paris.
L'orientation de la statue a provoqué des discussions assez vives, Landowski pensant que l’œuvre se trouverait mieux en valeur tournée vers l'ouest : elle serait ainsi mieux éclairée pour les Parisiens qui la verraient directement en passant sur le pont. Les architectes maintenant leur point de vue, on sollicita l'avis de l'administration, qui donna l'ordre de réaliser le projet sans modification, jugeant que la statue ne constituait qu'un élément du projet d'ensemble de décoration du pont. Très déçu, le sculpteur ne participa pas à l’inauguration du pont le 27 août 1928.
Quant au pont, on y mesure le niveau des crues au centre de Paris, depuis très longtemps (mesures existantes depuis le 17ème siècle).
